Sur la route de la Geek I'll still be a geek after nobody thinks it's chic !

30Avr/113

De la diversité dans le recrutement

Récemment, j'étais en période de recherche de stage de fin d'étude. Période plus ou moins difficile, selon son CV et la manière de se vendre. Durant cette période, j'ai eu la chance d'être "chassée" : en gros, plusieurs entreprises me faisaient de l’œil pour m'avoir dans leur rang. C'est très agréable, un peu comme si la petite boutonneuse pas très jolie de la classe se faisait draguer subitement, et ce par plusieurs personnes. De quoi vous donner un bon confiance en vous... sauf pour une entreprise !

Épisode 1: la drague

Parmi ces entreprises, deux grosses structures très connues, dont une qui s'appelle S (pour des raisons de confidentialité, je préfère taire le nom de l'entreprise en question). S est donc une grosse boîte de l'informatique, un cadre solide pour un beau stage (et un très bon mémoire), avec des envies de community management mais peu d'expérience, un vrai challenge de titan. Encore maintenant, le challenge m'intéresse toujours. Pourtant, la séance de recrutement ne s'est pas passée au mieux.
J'ai rencontré un homme des RH durant un évènement étudiants - entreprise à mon école. J'avais déjà signé mon stage, j'étais donc venue décontractée, sans CV et sans aucune intention de postuler à quoi que ce soit ni de chercher des contacts. Plus envie de discuter qu'autre chose (je suis une grande bavarde, je sais). L'homme en question m'a posé de nombreuses questions : "vous êtes spécialisée en quoi ?", "c'est quoi votre techno de prédilection ?", etc. Usuel, en situation de recrutement. Et là, j'ai joué totalement franc jeu, j'ai expliqué le community management, un peu comme ce que j'ai fait plus récemment ici-même, Mozilla, WoMoz et même Milliweb, l'entreprise que j'allais rejoindre quelques semaines plus tard. Le type a insisté pour prendre mon CV, malgré le fait que je ne faisais que très peu de technique produite par la boîte en question. Très déçu de voir que je n'avais rien sur moi, il m'a alors "volé" une carte de visite. 2h plus tard, j'avais un mail de cette personne, me demandant mon CV mis à jour. Au bout de 2 jours, voyant que je ne répondais pas (bah quoi, je lui avais dit que j'étais prise jusqu'à novembre au moins, je ne m'attendais pas à ce qu'il veuille un CV dans la minute), il me relance. Je lui envoie donc mon CV, mis à jour avec mon entreprise actuelle et mes connaissances et spécialités (community management, gestion de projet, évangélisation, et tout le tremblement). Le type me répond qu'il me veut en entretien téléphonique au plus vite. Je lui réponds en lui demandant gentiment s'il était sûr, que j'étais déjà prise et que de plus, je n'étais pas très spécialisée dans les produits de l'entreprise S. Il insiste. C'est ainsi qu'en pleine semaine de partiels, je me retrouve à préparer également cet entretien.
Et j'avoue avoir plus travaillé mes cours de création d'entreprise qu'autre chose (ça m'a bien servi, j'ai eu 15 :D). J'arrive à l'entretien téléphonique, ayant préparé quelques fiches, un peu étudié la structure, mais sans plus. Je m'attendais à passer un entretien de community manager. Et comment dire... ça ne s'est pas passé exactement comme ça. Le type m'a posé un certain nombre de questions, sur les logiciels de l'entreprise, la technique, les formations que j'avais suivies et les certifications que je serai capable de passer. Un vrai fiasco, 45 min d'agonie téléphonique lente ! Le type conclut "oui en fait, je vais plutôt vous transmettre aux services marketing. Par contre, ils vont trouver votre CV moche, vous pourriez pas me l'améliorer un peu ?". Oubliant la déception - quoi mon CV ? moche ? j'ai passé des jours dessus ?! - je bredouille un "d'accord, d'accord, bonne journée !" peu engageant. Je n'ai plus eu de nouvelles depuis - et cela ne m'étonne pas du tout, au passage.

Episode 2 : les copines

Rien de mieux qu'être une fille dans ma promo. Il y règne une entente cordiale entre les éléments du sexe féminin, une sorte de solidarité plus ou moins active, qui se passe les infos, qui s'annonce les mauvais plans, bref qui se serre les coudes. Et comme toujours quand il m'arrive un truc un peu bizarre, je vais en parler aux copines.

C. : Non mais t'inquiètes, ils m'ont fait le même coup !
Moi : Oui mais toi t'es spécialiste infra, c'est normal !
C. : Oui, mais ils l'ont fait également à S. et à J., ils les ont harcelé toutes les deux alors que S. est spécialiste gestion de projet BI et J. a déjà signé pour du dev .Net en CDI. Je crois qu'il a pris les CV des filles juste parce qu'on était des filles, c'est tout ! *soupir*
Moi : Ah...

Episode 3 : la rencontre professionnelle

Parce que je co-gère un groupe parlant des femmes et de l'informatique, une des employées de la société S m'avait contacté pour discuter de diversité. Chose que j'avais acceptée avec plaisir (je vous l'ai dit, je suis bavarde). Au détour de la discussion (qui fut forte intéressante et constructive), je lui raconte l'anecdote en lui disant que c'était un peu discréditant, pour l'entreprise. Elle m'explique alors que c'est sûrement normal, que les mecs des RH sont censés ramener 50% de CV femmes pour 50% de CV hommes et que dans les filières informatiques, c'est assez dur de suivre ces quotas. Pour elle, cette limitation était saine, car ça oblige l'entreprise à regarder les CV des femmes. Pour moi, je n'avais qu'une chose à dire : "non mais pu****, j'ai un BAC S spé maths, je me suis cassé le cul pendant 5 ans à trimer pour valider mes notes, j'ai passé un an à l'étranger, j'ai bossé pour Mozilla Europe, et ce qui fait que mon CV est lu, c'est que je sois une femme ?!". Bon je ne lui ai pas dit comme ça, mais le fond y était !

Et vous, vous en pensez quoi ? Êtes-vous comme moi, super offusqué de voir que quel que soit votre profil, c'est une paire de seins qui font que les recruteurs lisent les CV des femmes ? Ou alors trouvez-vous, comme l'employée de S le quota normal et valorisant ? Même si j'aimerais toujours travailler chez S et que ça n'a pas vraiment changé l'image de l'entreprise dans sa globalité, l'expérience me laisse.... amère.