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11Avr/101

Le conflit – Elisabeth Badinter

Ma mère m'a fait peur. Il y a de cela un mois, elle m'a ouvertement fait la demande d'avoir un petit-enfant (fils ou fille, peu importe). Imaginez mon étonnement, à ce qu'il paraît, ma tête était assez drôle à voir dans le genre: o_O. A ce qu'il paraît aussi, pour réussir sa vie de femme, il faut ABSOLUMENT avoir un enfant. C'est donc avec beaucoup de curiosité que j'ai entamé le dernier livre d'Élisabeth Badinter, intitulé Le conflit, la femme et la mère.

Connue pour son féminisme actif, Élisabeth Badinter fait ici un constat plus ou moins alarmant de la situation féminine dans notre société par le biais de la maternité. Après avoir conquis de nombreuses libertés (être, aimer, procréer ou pas,...), les femmes se retrouvent maintenant face à un nouveau combat, mais cette fois plus obscur. Ce combat, c'est celui de la femme face à la mère. Non pas que chaque femme doit s'opposer à toute idée de maternité, mais plutôt que la maternité, dans notre société, prend une certaine image et s'accompagne d'un cortège de jugements et d'obligations / devoirs.
Après ce constat, Badinter développe les différentes idéologies en jeu: la mère écologique, l'instinct maternel, la Leche League et le contre-féminisme. Toutes tendent vers l'idéologie suivante: la mère doit tout à son enfant, son temps, son lait, son énergie. Pas de temps de repos, pas de vie sociale extérieure au rôle de mère, la femme perd son statut de femme pour devenir une mère, rien de plus. Pas étonnant que nombre d'européennes ne se retrouvent pas dans ce portrait du tout et choisissent le rien, à savoir favoriser leur vie de femme active (plus d'un quart des Allemandes restent sans enfant).
S'ensuit ensuite un plaidoyer des diverses aspirations des femmes: l'émergence d'un nouveau style de vie, de nouvelles aspirations des femmes et même des couples entraînant une augmentation des couples sans enfant (par refus ou par report perpétuel). Pour finir sur l'exception française: "Pour l'heure, les Françaises échappent au dilemme du tout ou rien. Elles avaient déjà bien résisté aux oukases de certains pédiatres ; tiendront-elles face à ceux des naturalismes [...] ? Sauront-elles imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ? [...] Il semble que les jeunes femmes continuent largement à n'en faire qu'à leur tête. Jusqu'à quand ? ".

La simplicité du propos (le livre se lit facilement en quelques heures et ne nécessite pas une maîtrise en sociologie et en philosophie pour être compris) m'a séduit, mais c'est surtout l'absence de jugement qui m'a le plus plu. Badinter n'essaye pas ici de faire valoir un notion au détriment d'une autre, mais plutôt de faire une apologie du choix: si une femme décide d'allaiter son enfant une semaine ou un ans, si elle préfère prendre un congés maternité ou mettre l'enfant à la crèche, si elle veut embrasser la vie de la mère parfaite ou conjuguer sa vie de mère avec celle de femme, pourquoi la juger ?
Sans être une virulente féministe, j'ai apprécié ce livre pour une chose, c'est qu'il permet de relativiser le poids du rôle de mère que la société / le regard des autres nous fait porter. Peut être aurai-je un enfant plus tard, mais sans être une mauvaise mère, je me refuse à perdre mon individualité face à mon enfant et à mon rôle de mère. A nous d'apprendre à composer et à nous battre pour que notre choix soit accepté.

Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. La demande de ta maman n’a rien d’étonnant : il y a bien des années (je devais avoir ton âge ;-)), ma propre mère m’a fait la même demande, dans une variante masculine « tu devrais te marier » en ajoutant « je serais bien grand mère »… gloups… je te raconte pas ma tête…

    Ensuite, en avançant dans la vie on s’aperçoit assez que la société voit le célibat comme une situation d’attente, voire une situation de transition entre deux formes de couple (on était marié, on divorce et le célibat qui en résulte n’est que transitoire, dans la perspective d’un nouveau couple) et que, finalement, la pression sociale autour de la vie en couple (quelque soit la forme de ce couple d’ailleurs) est plutôt forte…

    Le challenge est donc double : d’une part se dire que dans la vie il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision, mais des choix à assumer et d’autre part faire comprendre autour de soi que le célibat (ou la vie sans enfants) n’est pas une situation d’attente mais un choix délibéré (c’est le plus difficile)…

    Puis, finalement, oublier tout ça et se promener, humer l’air du temps et profiter de la vie, en toute liberté et en toute conscience !

    F


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