Le conflit – Elisabeth Badinter
Ma mère m'a fait peur. Il y a de cela un mois, elle m'a ouvertement fait la demande d'avoir un petit-enfant (fils ou fille, peu importe). Imaginez mon étonnement, à ce qu'il paraît, ma tête était assez drôle à voir dans le genre: o_O. A ce qu'il paraît aussi, pour réussir sa vie de femme, il faut ABSOLUMENT avoir un enfant. C'est donc avec beaucoup de curiosité que j'ai entamé le dernier livre d'Élisabeth Badinter, intitulé Le conflit, la femme et la mère.
Connue pour son féminisme actif, Élisabeth Badinter fait ici un constat plus ou moins alarmant de la situation féminine dans notre société par le biais de la maternité. Après avoir conquis de nombreuses libertés (être, aimer, procréer ou pas,...), les femmes se retrouvent maintenant face à un nouveau combat, mais cette fois plus obscur. Ce combat, c'est celui de la femme face à la mère. Non pas que chaque femme doit s'opposer à toute idée de maternité, mais plutôt que la maternité, dans notre société, prend une certaine image et s'accompagne d'un cortège de jugements et d'obligations / devoirs.
Après ce constat, Badinter développe les différentes idéologies en jeu: la mère écologique, l'instinct maternel, la Leche League et le contre-féminisme. Toutes tendent vers l'idéologie suivante: la mère doit tout à son enfant, son temps, son lait, son énergie. Pas de temps de repos, pas de vie sociale extérieure au rôle de mère, la femme perd son statut de femme pour devenir une mère, rien de plus. Pas étonnant que nombre d'européennes ne se retrouvent pas dans ce portrait du tout et choisissent le rien, à savoir favoriser leur vie de femme active (plus d'un quart des Allemandes restent sans enfant).
S'ensuit ensuite un plaidoyer des diverses aspirations des femmes: l'émergence d'un nouveau style de vie, de nouvelles aspirations des femmes et même des couples entraînant une augmentation des couples sans enfant (par refus ou par report perpétuel). Pour finir sur l'exception française: "Pour l'heure, les Françaises échappent au dilemme du tout ou rien. Elles avaient déjà bien résisté aux oukases de certains pédiatres ; tiendront-elles face à ceux des naturalismes [...] ? Sauront-elles imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ? [...] Il semble que les jeunes femmes continuent largement à n'en faire qu'à leur tête. Jusqu'à quand ? ".
La simplicité du propos (le livre se lit facilement en quelques heures et ne nécessite pas une maîtrise en sociologie et en philosophie pour être compris) m'a séduit, mais c'est surtout l'absence de jugement qui m'a le plus plu. Badinter n'essaye pas ici de faire valoir un notion au détriment d'une autre, mais plutôt de faire une apologie du choix: si une femme décide d'allaiter son enfant une semaine ou un ans, si elle préfère prendre un congés maternité ou mettre l'enfant à la crèche, si elle veut embrasser la vie de la mère parfaite ou conjuguer sa vie de mère avec celle de femme, pourquoi la juger ?
Sans être une virulente féministe, j'ai apprécié ce livre pour une chose, c'est qu'il permet de relativiser le poids du rôle de mère que la société / le regard des autres nous fait porter. Peut être aurai-je un enfant plus tard, mais sans être une mauvaise mère, je me refuse à perdre mon individualité face à mon enfant et à mon rôle de mère. A nous d'apprendre à composer et à nous battre pour que notre choix soit accepté.
À livr’ouvert
Après une longue période d'absence, me revoilà sur le blog pour vous parler d'un petit évènement fort sympathique auquel j'ai pris part: les 5 ans de la librairie À livr'ouvert, 11ème arrondissement de Paris. Invitée par l'animatrice du groupe Transcription de l'April, Magalie (aka Bookynette), j'ai donc passé une charmante soirée en compagnie de l'équipe de la librairie ainsi que de beaucoup de libristes:
Toutes les photos de la soirée sont disponibles sur mon espace Flickr sous licence Creative Commons.
Moi qui m'approvisionnais en drogue littéraire auprès de la "grande surface" Gibert Joseph (qui a le mérite de me racheter mes vieux ouvrages et mes doublons), je pense que je vais changer de crèmerie. En plus, à ce qu'il parait, on peut même commander par IRC. Si c'est pas geek, ça !
Le club des incorrigibles optimistes
Le club des incorrigibles optimistes. Optimiste, il faut l'être pour oser s'approcher de ce pavé. 756 pages, ça peut intimider. Surtout quand on a pas lu le quatrième de couverture ! J'ai donc joué les téméraires pour mon premier livre de l'année 2010, et sans lire le résumé, les critiques, les prix et autres avis sur le sujet, je me suis jetée tête la première dans ce roman, pour le moins original.
Michel Marini est un adolescent à Paris, dans les années 60. C'est un adolescent comme la plupart d'entre nous avons été, presque banal. Il essaye de comprendre ces cours de maths entre 2 parties de baby-foot et des albums de rock, ces parents se font la guerre à table le soir, sa petite sœur lui tape sur le système et son frère est un grand con. C'est un boulimique de lecture et un passionné de photographie. Rien de bien exceptionnel en soi. Un jour, il ose pousser la porte au fond du Balto, le café qu'il fréquente pour ses parties de foot sur table. Et il va découvrir tout un clan de déracinés, Igor, Léonid, Sacha, Imré et tant d'autres, à l'accent trainant d'Europe de l'Est. Tous ont fuit le rideau de fer, pas tous pour la même raison. Celui là a fuit une arrestation, celui a suivi l'amour de sa vie,... Maintenant vivant de petits boulots, projectionnistes, chauffeurs de taxi, ils se retrouvent tous au Balto, également fréquenté par Kessel et Camus qui aident parfois à boucler les fins de mois difficiles. Autour d'un jeu d'échec, ils parlent de leur pays, de leur famille, de leur idéologie. En entrant de ce club d'incorrigibles optimistes (oui, parce que quand on a tout perdu, on ne peut qu'être optimiste), Michel va bouleverser son adolescence.
Contre toute attente, j'ai adoré ce livre. Pourtant, ce n'est vraiment pas la période de l'Histoire que je préfère (guerre d'Algérie + Guerre Froide). Mais je me suis assez facilement identifiée à Michel: tout deux nous sommes des "librivores", lisant partout, même en marchant, et tous les deux nous avons notre quartier de Paris. Michel parcourt en effet une grande distance "intra-muros", de Denfert-Rochereau jusqu'au Châtelet. Dans ces pages, Jean-Michel Guenassia nous propose un voyage dans Paris et la France des 30 glorieuses mais aussi dans celle un peu plus chaotique de l'adolescence, des familles qui se déchirent et des jeunes qui se cherchent. Pas de propos documentaire, ici on reste proche du personnage, que ce soit Michel, Igor, Léonid, Sacha, Camille, ou tous les autres personnages qui font de cette fresque un magnifique roman. On se laisse bercer par l'écriture simple et surtout par la somptueuse histoire. Une petite pointe d'humour de temps en temps (je ne me lasse pas de la blague de Lénine saoul), et les 760 pages défilent finalement bien vite, on referme le livre, un peu comme si l'on avait quitté ce club et ces amis si particuliers mais terriblement attachants.
Embrasse-moi, chérie !

Sumire, 30 ans, est rédactrice dans un journal important de Tokyo. Belle et grande (ne pas oublier qu'au Japon, 1m70, c'est grand), elle a toujours privilégié sa vie professionnelle devant sa vie personnelle. Tout ceci, ajouté à un caractère assez dominateur, entretient un fossé entre elle et son entourage, ce qui la rend dépressive et anxieuse. Quand son petit ami et fiancé la quitte pour sa maîtresse, c'est la goutte d'eau: elle frappe son supérieur et se fait donc rapidement rétrogradé au service des faits divers.
Un soir, Sumire découvre dans un carton en bas de son immeuble un jeune SDF passé à tabac. Elle décide de l'aider et, pour un soir, le ramène chez elle. Le squatteur décide de s'installer et croyant le rebuter, Sumire lui propose un marché: il doit être son animal domestique et Sumire accepte de le recueillir chez elle. Contre toute attente, le jeune homme accepte volontiers l'offre et devient donc le "chien" de la maison, répondant désormais au nom de Momo. Les choses se compliquent progressivement quand Sumire craque pour son ancien professeur à l'école de journalisme, Hasumi, et que celui-ci reconnaît Momo.
Je préviens par avance, ce manga est à classer dans la catégorie shojo / josei, les shojo étant des mangas pour adolescente, les josei étant des mangas pour femmes plus agées (18+). Donc clairement à lectorat féminin (mais rien n'empêche les garçons d'aimer les romances, me diriez-vous).
Le scénario vous paraît bizarre ? Vous craigniez d'arriver dans la mièvrerie dès le premier chapitre entamé. Eh bien, je vous dirais "Pareil". L'amie qui me l'avait conseillé n'avait pourtant pas tari d'éloge sur la chose: "Tu aimes Ally McBeal ? Tu vas aimer ça, c'est le même style, mais en manga."
Ally McBeal, tout de suite les grandes invocations. Non, on ne peut décemment pas dire que Kimi Wa Pet, c'est du Ally McBeal en manga. Même si Sumire ressemble par certains aspects à Ally (la trentenaire assez sur d'elle, talentueuse, qui rentre dans le lard de son supérieur parce qu'il lui a fait du gringue), la comparaison s'arrête là. Toutefois, l'histoire assez particulière prête à sourire. Sumire est un personnage complexe, cérébrale, qui réfléchit trop et prend les gens de haut avec son assurance et son mètre 70. Elle va être confrontée à son opposé sentimental, un jeune homme très instinctif, intellectuellement un peu simplet, mais terriblement attachant. Les situations, comiques, tiennent assez en haleine pour qu'on en redemande.
Pour ma part, je me suis prise au jeu de ce manga: moi qui ai un fâcheuse tendance à aimer les aventures dites shonen (Rurouni Kenshin, Hoshin, Neon Genesis Evangelion) ou carrément des seinen (Berzerk, Détenu 042, Planètes), j'ai vraiment apprécié ce manga pour ce qu'il est: une petite amourette tarabiscotée, ni plus ni moins. En 14 volumes, on en attend pas moins. C'est drôle, simple, un peu mièvre parfois, mais ça marche et c'est sympa à lire. Je ne le relirai pas 46 fois (alors que Détenu 042...) mais ça se lit avec plaisir, ça fait sourire et ça détend.
Un rongeur nommé Firmin
Je suis un rat de bibliothèque. Au collège, je n'allais pas en récréation mais au CDI, je me planquais dans une marre de coussin pour me plonger dans un bouquin de science fiction, un roman policier ou un romance (je n'ai jamais été bien difficile question littérature). Toujours est-il que quand j'ai découvert Firmin, je me suis un peu reconnue en lui. Pourtant, tout nous sépare, ou presque...
Firmin est un rat, un vrai. Petit dernier souffreteux d'une portée de 13 ratons, Firmin est un rat très spécial. D'abord dévoreur de livres au sens propre du terme, il prend progressivement le sens figuré de l'expression. De mangeur, il devient liseur. Et ça tombe bien car il squatte une librairie. Gourmand de nourritures spirituelles et terrestres, Firmin devient le témoin de la destruction de son quartier, Scollay Square, vieux quartier du Boston des années 60. Ce n'est pas l'envie qui lui manque, à Firmin, de dire tous ces sentiments, son amour, son incompréhension de l'espèce humaine et de ses mécanismes du profit à tout prix, mais le petit rongeur ne peut communiquer tout ce qu'il a dans le cœur. Il écrit donc cette autobiographie où il raconte son pessimiste et son désespoir, sa perversion et ses désirs, mais aussi ses moyens de bonheur, comme lorsqu'un romancier marginal le prend sous son aile.
Attachant, Firmin est une sorte de regard extérieur de la société mais aussi de nous, car son étrange capacité, son exceptionnelle érudition, font de ce rat un étrange témoin dans lequel on se reconnait facilement. Magnifiquement écrit, Sam Savage nous fait voyager dans la peau de ce personnage aussi improbable qu'attachant, en signant un appel à la lecture et à l'imagination. Un livre qui veut vraiment le coup d'être lu, qui peux plus est lorsque l'on est soit même un rat de bibliothèque





